Si Bertrand Grospellier est devenu une star internationale du poker, sa participation aux World Series of Poker reste toutefois compromise. L’incertitude est totale quant à son arrivée à Las Vegas. En parallèle, ElkY multiplie les séances d’entrainement sportif et de préparation mentale.

Racontez-nous votre mésaventure à Toronto…
Je me suis fait voler mon sac avec tous mes papiers dedans à la sortie de l’aéroport de Toronto, et surtout mon passeport. Ce qui est vraiment embêtant. Ils m’ont fait un laissez-passer à Toronto, parce que j’avais un billet retour pour Paris. Et comme j’ai fait mon dernier passeport à Londres, là où j’habite, ils sont obligés de demander les archives au consulat de Londres. J’ai déposé les dossiers lundi, mais la procédure va durer entre 5 et 30 jours… Les passeports d’urgence ne sont plus valables pour des raisons professionnelles, mais seulement pour les décès. Idem aux Etats-Unis car ils ne sont pas biométriques. Il faudrait que je récupère un visa américain mais ça prendrait autant de temps. Pire, je ne peux même pas rentrer à Londres où ça aurait été plus rapide, car je n’ai pas de carte d’identité. Ça va juste me permettre de me reposer un peu pour les WSOP.

Un passeport volé, donc, qui vous empêchera de participer aux débuts des World Series. Votre programme doit être sacrément chamboulé. Concrètement, quels seront les changements ?
Je rate le 25 000 dollars Mixed Max, un tournoi assez énorme. Le 10 000 dollars Limit 2-7 Triple Draw Lowball (une variante du poker) aussi. Je regarderai les tournois quand je serai là-bas. Inutile de prévoir un programme aujourd’hui alors que je n’ai aucune idée de la date à laquelle je pourrais m’y rendre. Si j’y suis dans un mois, je ne ferais sûrement que le Main Event (tournoi principal) à 10 000 dollars. Le Big One for One Drop (droit d’entrée à 1 million de dollars) passera probablement à la trappe. Il prend beaucoup de temps, 3 jours il me semble. Et il est selon moi moins prestigieux qu’il y a deux ans, puisqu’il marquait le coup pour sa première édition.

Vous êtes détenteur de la Triple Crown depuis 2011, le sésame si convoité et si prestigieux dans le milieu. Quels sont vos prochains objectifs ?
Mon objectif principal, c’est un doublé EPT, même si Vicky Coren vient de le faire à l’European Poker Tour San Remo. Je serais quand même le premier homme à réussir. Pour mes objectifs secondaires, j’essayerais de ramener des bracelets. Un, ce serait déjà bien, surtout si j’y suis seulement pour une semaine.

Dans quelle variante préfériez-vous gagner un bracelet ?
Remporter le Main Event No Limit Hold’em serait très beau. Je n’aime pas trop le Pot Limit Omaha et le Limit Hold’em. Surtout le Limit car tu as moins de contrôle et de skills. Le PLO c’est beaucoup de gamble, et je suis moins fort dans cette variante. Tes adversaires peuvent toujours avoir 30 ou 40% de chance de gagner en faisant n’importe quoi…

Vous êtes sponsorisé par PokerStars depuis environ 8 ans, qu’est-ce vous apporte cette collaboration, tant sur le plan du jeu que sur le plan social ?
C’est super de sympathiser avec tous les autres joueurs qui font partis de l’équipe. On peut les côtoyer, discuter, les rencontrer régulièrement. Et c’est encore mieux maintenant car PokerStars a les meilleurs joueurs. A l’époque, c’était Full Tilt. C’est aussi une certaine manière de progresser. A force de parler avec Daniel Negreanu ou Jason Mercier, on comprend leur façon de penser et leur vision du jeu. C’est très intéressant. PokerStars possède aussi de vraies valeurs sur les respects des joueurs qui sont très importantes pour moi.

Avant le poker, vous étiez pro gamer (professionnel) à StarCraft en Corée du Sud. Pourquoi ce changement brutal ? Les deux jeux n’ont visiblement pas grand-chose en commun.
Il y a beaucoup de similitudes finalement. StarCraft est un jeu à information incomplète. Il y a une carte et tu ne vois pas ce que fait ton adversaire. Tu dois donc beaucoup deviner, comme au poker. Le bluff rentre aussi en jeu, en laissant croire certaines choses qui, au final, ne sont pas vraies.
Il y a aussi beaucoup de « métagame » à StartCraft, c’est-à-dire qu’il faut parfaitement coordonner la souris et le clavier. Ce qui m’a d’ailleurs beaucoup aidé pour commencer le poker, car j’avais la capacité d’ouvrir beaucoup de tables et progresser ainsi plus rapidement. Puis StarCraft se passait moins bien, notamment avec le manager. Mes coéquipiers ont rejoint le service militaire, qui est de 26 mois là-bas. En parallèle, le poker me donnait davantage de libertés et beaucoup d’opportunités pour voyager.

Vous voyagez donc un peu partout dans le monde ces dernières années. Qu’est-ce que cela vous apporte dans la vie de tous les jours.
Les voyages apportent une dimension particulière à ma vie. Je découvre plein de choses, mon esprit s’ouvre, et je prends énormément de recul.

Vous effectuez des séances de coaching sportives et mentales pour préparer tes tournois. Comment les considérez-vous ? Comme un plus ? Comme indispensables ?
C’est vraiment un plus. J’ai appris la méditation en Nouvelle Zélande l’année dernière, que je pratique une demi-heure ou une heure avant chaque tournoi. Cela aide à calmer mon esprit, à être plus zen. Je dispose de plus d’énergies pour me concentrer sur le poker quand j’en ai besoin. Mais ça reste aléatoire: parfois ça marche bien, mais pas toujours. Je fais aussi beaucoup d’entraînements, quatre ou cinq fois par semaine. Le sport permet de garder un équilibre, et encore plus au poker puisque je reste parfois assis toute une journée, ce qui n’est pas très sain. Une meilleure condition physique atténue la fatigue, notamment sur les journées très longues de dix, douze ou quatorze heures, ce qui m’aide à éviter les erreurs.

Vegas est connu pour être la ville de tous les péchés. Quelle est votre hygiène de vie sur place ?
L’hygiène de vie est plus qu’importante. Les premières années étaient très dures: je dormais peu, je sortais jusqu’à 6h du matin puis j’allais jouer les tournois. Parfois je m’endormais à la table, ou faisais des siestes avant les événements. Aujourd’hui, je ne bois jamais d’alcool avant un tournoi, autrement dit pendant tous les WSOP. Sauf lors d’un jour off. Je fais très attention à mon alimentation et continue le sport. Il est encore plus essentiel de rester vigilent à Las Vegas, car les championnats du monde sont un vrai marathon d’un mois et demi, sans pause réelle. A contrario des European Poker Tour, où les étapes sont espacées de plusieurs semaines. Dans ces cas-là, je peux me permettre de sortir.

Récemment, Daniel Negreanu et Phil Ivey se sont lancées dans un prob bet (pari) ambitieux. Allez-vous y participer ?
Honnêtement, je n’aime pas trop parier. Je suis tellement motivé pour gagner un bracelet que je n’ai pas besoin de ça. Je ne vois pas d’intérêt à parier contre Daniel puisqu’on fait partie de la même team. J’aurais pu l’année dernière contre Jason Mercier qui proposait de magnifiques cotes. Mais ça reste un ami, à qui je ne souhaite pas de perdre un tournoi à cause d’un pari.

En 2010, certaines stars du poker ont parié de monstrueuses sommes sur l’incapacité de Tom Dwan à gagner un bracelet. Il avait fini deuxième d’un event. Que pensez-vous de ces paris ?
Ça reste sympathique. Tom Dwan pariait pour se motiver à remporter un tournoi, d’où les énormes sommes. S’il gagnait un bracelet, il aurait reçu plus de 10 millions de dollars. Phil Hellmuth en aurait perdu 5Bertrand-Grospellier-culmine-desormais-a-pres-de-8-millions-de-dollars-de-gains.-Maxppp1_w484


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